Entre hauts plateaux balayés par le vent, lacs couleur acier, cascades et villages blottis au fond des fjords, la Rallarvegen est l’un des itinéraires les plus marquants de Norvège. Cette ancienne voie de construction ferroviaire traverse les paysages sauvages du Hardangervidda avant de plonger vers Flåm, au bord de l’Aurlandsfjord.
On la parcourt souvent à vélo, mais la Rallarvegen se prête aussi très bien à la randonnée itinérante. Le tracé est accessible, bien identifiable et offre une vraie immersion dans une Norvège brute, loin des routes principales. Voici tout ce qu’il faut savoir pour préparer ce trek, choisir son itinéraire et profiter pleinement de l’expérience.
La Rallarvegen, c’est quoi exactement ?
Le nom Rallarvegen signifie littéralement « la route des ouvriers ». Elle a été aménagée à la fin du XIXe siècle pour permettre aux ouvriers et aux chevaux de construire la ligne ferroviaire reliant Oslo à Bergen. Cette ligne, inaugurée en 1909, traverse des régions particulièrement isolées et accidentées.
La piste suit en grande partie l’ancienne voie de service du chemin de fer. Elle relie généralement Haugastøl à Flåm, sur environ 80 à 82 kilomètres. Le parcours passe par Finse, point emblématique de l’itinéraire, puis descend progressivement vers Myrdal et la vallée de Flåm.
Il ne s’agit pas d’un sentier de montagne technique au sens classique. La Rallarvegen est plutôt une large piste caillouteuse, parfois humide, avec quelques passages plus irréguliers. Pour autant, le relief, la météo et l’isolement demandent une préparation sérieuse. En Norvège, un ciel bleu peut rapidement laisser place à une pluie froide ou à un brouillard épais. Le décor est magnifique, mais il ne faut jamais oublier que la montagne reste maîtresse des lieux.
Quel itinéraire choisir pour randonnée ?
La version la plus complète consiste à partir de Haugastøl et à rejoindre Flåm. Elle permet de découvrir toute la diversité de la Rallarvegen, depuis le plateau d’altitude jusqu’aux paysages de fjord.
- Haugastøl – Finse : environ 27 kilomètres, avec une progression régulière sur le haut plateau.
- Finse – Hallingskeid : autour de 20 kilomètres, dans la partie la plus sauvage et la plus exposée.
- Hallingskeid – Myrdal : environ 20 kilomètres, avec une descente progressive et de nombreux ouvrages ferroviaires.
- Myrdal – Flåm : près de 20 kilomètres, essentiellement en descente vers la vallée et le fjord.
Ces distances sont indicatives. Selon les variantes, les pauses et les hébergements disponibles, le découpage peut changer. Pour une randonnée agréable, prévoyez généralement trois à quatre jours. Les marcheurs entraînés peuvent aller plus vite, mais ce serait dommage de traverser ce paysage au pas de course.
Une autre option consiste à ne parcourir qu’une portion. La section entre Haugastøl et Finse est parfaite pour une sortie de deux jours, tandis que le tronçon Finse-Myrdal concentre certaines des plus belles ambiances de la route. Si vous disposez de peu de temps, vous pouvez aussi prendre le train jusqu’à Finse et commencer directement au cœur du plateau.
Quand partir sur la Rallarvegen ?
La période idéale s’étend généralement de mi-juillet à début septembre. Avant la mi-juillet, la neige peut encore bloquer certains passages, notamment autour de Finse et sur les secteurs les plus élevés. La date d’ouverture officielle varie d’une année à l’autre en fonction de l’enneigement et des conditions de sécurité.
Le mois d’août offre souvent un bon compromis entre accessibilité et météo, même si la Norvège ne garantit jamais le soleil sur commande. Les journées sont longues, les températures agréables en vallée et les couleurs commencent parfois à changer dès la fin du mois.
En dehors de la saison estivale, l’itinéraire devient beaucoup plus exigeant. La neige, le vent et la visibilité réduite peuvent rendre la progression difficile. En hiver, la Rallarvegen est davantage un terrain d’aventure pour skieurs expérimentés qu’un itinéraire de randonnée classique.
Avant de partir, vérifiez toujours :
- l’état de la piste et la présence éventuelle de neige ;
- les prévisions météorologiques pour le plateau ;
- les dates d’ouverture des refuges et hébergements ;
- les horaires des trains, surtout si vous prévoyez de rejoindre ou de quitter l’itinéraire par le rail.
Les principales étapes de la randonnée
De Haugastøl à Finse
Haugastøl constitue le point de départ le plus classique. Le village est directement accessible en train depuis Oslo ou Bergen, ce qui simplifie beaucoup l’organisation. Dès les premiers kilomètres, la piste s’élève doucement dans un environnement ouvert, ponctué de lacs, de névés et de petits torrents.
Cette première étape est longue si vous allez jusqu’à Finse, mais elle ne présente pas de difficulté technique majeure. Le paysage paraît immense, presque démesuré. On marche avec la sensation d’être suspendu entre ciel et terre, tandis que la voie ferrée accompagne régulièrement le parcours.
Finse est le seul véritable village de la partie haute. Il n’est accessible qu’en train ou à pied. Cette situation lui donne une atmosphère particulière : quelques bâtiments, une gare, un hôtel historique et des montagnes à perte de vue. Le site a d’ailleurs servi de décor à plusieurs productions cinématographiques, notamment pour des scènes inspirées de paysages polaires.
De Finse à Hallingskeid
Cette section est souvent considérée comme l’une des plus spectaculaires. La piste franchit le point culminant de la Rallarvegen, à environ 1 343 mètres d’altitude, près de Fagernut. Le relief reste ouvert, minéral et austère. Même en plein été, il n’est pas rare d’apercevoir des plaques de neige au bord des lacs.
Le refuge ou café de Fagernut constitue une halte bienvenue lorsqu’il est ouvert. Une boisson chaude et une part de gâteau norvégien prennent ici une valeur presque thérapeutique. Après plusieurs heures face au vent, on comprend rapidement pourquoi les randonneurs nordiques ne plaisantent jamais avec le contenu de leur sac.
La progression jusqu’à Hallingskeid reste relativement régulière, mais la météo peut rendre cette portion éprouvante. Le brouillard réduit parfois la visibilité et les averses transforment certains passages en terrain boueux. Une bonne veste imperméable n’est pas un accessoire : c’est une pièce essentielle du matériel.
De Hallingskeid à Myrdal
En quittant Hallingskeid, l’itinéraire commence à perdre de l’altitude. Le paysage change progressivement. Les étendues nues du plateau laissent place à des pentes plus verdoyantes, des cascades et des vallons encaissés.
Cette partie offre plusieurs points de vue remarquables sur les ouvrages ferroviaires et les montagnes environnantes. La piste peut être caillouteuse et glissante après la pluie. Les bâtons de marche sont particulièrement utiles dans les descentes, surtout avec un sac chargé.
Myrdal marque une étape importante. La gare relie la ligne Oslo-Bergen au célèbre chemin de fer de Flåm. Il est possible d’y terminer la randonnée ou de poursuivre à pied vers la vallée. Pour ceux qui souhaitent éviter une longue descente, le train permet aussi de rejoindre Flåm en quelques minutes.
De Myrdal à Flåm
La dernière section est la plus basse, mais pas forcément la plus reposante. La descente vers Flåm est longue et parfois soutenue. Elle suit la vallée de Flåmsdalen, accompagnée par la rivière, les fermes isolées et de puissantes cascades.
Le contraste avec le plateau est saisissant. En quelques heures, on passe d’un univers presque polaire à une vallée verdoyante bordée de parois abruptes. La cascade de Kjosfossen, visible depuis le train de Flåm, rappelle que l’eau est partout dans cette région.
À l’arrivée, Flåm offre une bonne occasion de ralentir : hébergements, restaurants, épicerie, départs de bateaux sur le fjord et liaisons ferroviaires. Après plusieurs jours de marche, le premier repas chaud face à l’Aurlandsfjord a rarement le goût d’un simple repas touristique.
Hébergement et ravitaillement
La Rallarvegen traverse une zone peu habitée. Il ne faut donc pas compter sur un village tous les dix kilomètres. Les possibilités d’hébergement se concentrent principalement à Haugastøl, Finse, Hallingskeid, Vatnahalsen, Myrdal et Flåm.
Les places peuvent être limitées en été, notamment à Finse. Réservez suffisamment tôt si vous souhaitez dormir en hôtel, en lodge ou dans un refuge gardé. Certains hébergements proposent des repas, mais les horaires sont souvent fixes et les capacités limitées.
Le bivouac est possible en Norvège dans le cadre du droit d’accès à la nature, appelé allemannsretten. Il faut toutefois respecter les règles locales, s’éloigner des habitations, éviter les zones sensibles et ne laisser aucune trace. Sur un itinéraire aussi fréquenté, choisissez un emplacement discret et déjà peu végétalisé.
Pour la nourriture, prévoyez une autonomie suffisante entre les points de ravitaillement. Emportez notamment :
- des repas déshydratés ou faciles à préparer ;
- des barres énergétiques et fruits secs ;
- une gourde ou une poche à eau ;
- un réchaud si vous campez ;
- un peu de nourriture supplémentaire en cas de retard lié à la météo.
L’eau est généralement disponible dans les ruisseaux, mais utilisez de préférence un filtre ou des pastilles de purification. Les troupeaux et les animaux sauvages rendent cette précaution raisonnable.
Quel équipement prévoir ?
La Rallarvegen ne demande pas du matériel d’alpinisme, mais un équipement adapté à la randonnée nordique. Le mot d’ordre est simple : pouvoir rester au chaud et au sec malgré un changement brutal de temps.
- Chaussures de randonnée avec une bonne semelle et une protection contre l’humidité.
- Veste imperméable et respirante, indispensable sur le plateau.
- Polaire ou doudoune légère pour les pauses et les soirées.
- Pantalon déperlant, voire surpantalon imperméable.
- Bâtons de marche pour les descentes et les passages boueux.
- Carte hors ligne et GPS, même si le parcours est globalement évident.
- Batterie externe, car les possibilités de recharge sont limitées.
- Lunettes de soleil, crème solaire et bonnet : en montagne, les trois peuvent être utiles le même jour.
Si vous partez en autonomie complète, ajoutez une tente capable de résister au vent, un sac de couchage adapté aux températures fraîches et un matelas isolant. La nuit peut être froide, même en juillet.
Comment rejoindre la Rallarvegen ?
Le train est le moyen le plus simple et le plus agréable. La ligne Oslo-Bergen dessert Haugastøl, Finse, Hallingskeid et Myrdal. Depuis Bergen, comptez environ deux heures jusqu’à Haugastøl, davantage depuis Oslo.
Pour rejoindre Flåm, le train de Flåm relie Myrdal à la vallée. Il est très fréquenté par les visiteurs, surtout en haute saison. Si vous transportez un sac volumineux ou du matériel de camping, renseignez-vous à l’avance sur les conditions de transport des bagages.
La voiture est moins pratique pour une traversée complète, car le départ et l’arrivée ne se trouvent pas au même endroit. Elle peut néanmoins convenir pour une randonnée aller-retour sur une portion de la route.
Conseils pour une randonnée réussie
Ne vous fiez pas uniquement à la distance. Une étape de 20 kilomètres paraît raisonnable sur le papier, mais le vent, la pluie, les pierres et les pauses photo ralentissent considérablement la progression. Prévoyez une marge, surtout si vous devez attraper un train.
Consultez la météo le matin, puis restez attentif à son évolution. Le plateau est exposé et les options de repli sont rares. Informez un proche de votre itinéraire et gardez votre téléphone chargé, sans considérer le réseau comme garanti.
Respectez les randonneurs à vélo : la Rallarvegen est très populaire auprès des cyclistes et certains passages sont étroits. De la même manière, laissez la priorité aux trains et ne vous approchez jamais des voies ferrées en dehors des zones prévues.
Enfin, prenez le temps de regarder autour de vous. Une famille de rennes peut apparaître au loin, un renard traverser la piste ou un rayon de soleil illuminer un lac pendant quelques minutes. Ce sont souvent ces instants imprévus qui restent le plus longtemps en mémoire.
La Rallarvegen est-elle adaptée à tous les randonneurs ?
Oui, à condition d’être correctement équipé et de choisir un découpage réaliste. Le sentier ne présente pas de passages vertigineux majeurs ni d’escalade, mais les longues distances, l’altitude et la météo exigent une bonne condition physique.
Les débutants peuvent parfaitement tenter l’aventure en dormant dans les hébergements et en limitant les étapes. Les marcheurs expérimentés apprécieront une traversée en autonomie, avec davantage de liberté pour s’arrêter près d’un lac ou prolonger une journée lorsque la lumière devient magnifique.
La Rallarvegen n’est pas une randonnée où l’on vient chercher la performance. C’est une traversée, une parenthèse sauvage entre deux régions de Norvège, avec juste ce qu’il faut d’effort pour savourer chaque paysage. Et quand le vent tombe enfin sur le plateau, face à un lac immobile et aux sommets encore blancs, on comprend pourquoi cette ancienne route d’ouvriers est devenue un itinéraire culte.
