La Norvège est le genre de pays qui donne envie de sortir une carte, puis de la déplier encore et encore pour comprendre comment autant de fjords, de montagnes et d’îles peuvent tenir dans un même territoire. Entre les parois abruptes de l’ouest, les plateaux sauvages du centre et les paysages presque polaires du nord, les possibilités de randonnée sont immenses.
Mais cette richesse peut aussi compliquer la préparation. Quel itinéraire choisir ? Faut-il partir dans les Lofoten, autour de Bergen ou vers les grands parcs nationaux ? Et surtout, comment organiser une randonnée sans sous-estimer la météo norvégienne ?
Voici une sélection des meilleurs itinéraires de randonnée à placer sur votre carte de Norvège. Certains sont accessibles à la journée, d’autres demandent plusieurs jours et une bonne autonomie. Tous ont un point commun : ils offrent cette sensation rare de marcher dans un décor immense, avec parfois davantage de moutons que de randonneurs sur le chemin.
Bien lire une carte de randonnée en Norvège
Avant de choisir un sentier, il faut garder en tête les particularités du pays. La Norvège est vaste, peu densément peuplée et les distances sont souvent trompeuses. Deux points qui semblent proches sur une carte peuvent être séparés par un fjord, une route sinueuse ou une montagne infranchissable.
Les cartes topographiques norvégiennes indiquent généralement les sentiers balisés, les refuges et les zones de randonnée. Pour préparer votre itinéraire, les cartes de la UT.no, éditées par l’association norvégienne de trekking, sont particulièrement utiles. L’application permet de visualiser les parcours, les dénivelés et les cabanes disponibles.
Sur le terrain, le balisage repose souvent sur des cairns et des marques rouges en forme de T. Dans certaines régions, notamment au-dessus de la limite des arbres, le chemin peut devenir moins évident. Une carte hors ligne, une batterie externe et une bonne connaissance de l’itinéraire restent indispensables.
- Prévoyez toujours une marge pour la météo et les retards.
- Vérifiez les horaires de bateau et de bus avant de partir.
- Ne vous fiez pas uniquement à la distance : le dénivelé et le terrain peuvent ralentir fortement la progression.
- Consultez les conditions locales auprès des offices de tourisme ou des gardiens de refuge.
Preikestolen, le grand classique au-dessus du Lysefjord
Impossible de parler de randonnée en Norvège sans évoquer Preikestolen, le célèbre « Rocher de la Chaire » qui domine le Lysefjord. Depuis la plateforme rocheuse, une falaise presque parfaitement horizontale s’avance au-dessus des eaux, à environ 600 mètres de hauteur.
Le sentier commence près du refuge de Preikestolen, à une trentaine de kilomètres de Stavanger. L’aller-retour fait environ 8 kilomètres et demande généralement quatre heures, pauses comprises. Le dénivelé est d’environ 500 mètres. Le chemin alterne entre escaliers de pierre, passages forestiers, dalles rocheuses et petits lacs.
La randonnée est accessible à de nombreux marcheurs, mais elle n’est pas une simple promenade. Les rochers peuvent être glissants après la pluie et certains passages sont irréguliers. Une paire de chaussures avec une bonne accroche est nettement préférable aux baskets légères.
Pour profiter du site dans de meilleures conditions, partez tôt le matin ou en dehors des mois de juillet et août. À midi, la plateforme peut devenir très fréquentée. Arrivé au bord de la falaise, prenez le temps de vous éloigner légèrement du précipice pour admirer le paysage. Le Lysefjord est vaste, et il n’est pas nécessaire de jouer les équilibristes pour rapporter une belle photo.
Kjerag, une randonnée plus exigeante au-dessus du vide
Un peu plus loin dans le Lysefjord, Kjerag propose une expérience plus sportive. Le point culminant est le fameux Kjeragbolten, un rocher coincé entre deux parois, à près de 1 000 mètres au-dessus du fjord. Oui, certains posent dessus. Non, ce n’est absolument pas une obligation.
Le parcours fait environ 11 kilomètres aller-retour, avec un dénivelé cumulé proche de 750 mètres. Il faut compter entre cinq et six heures selon le rythme et les pauses. Le sentier comporte plusieurs montées raides équipées de chaînes, ainsi que des passages rocheux où l’usage des mains peut être utile.
La randonnée débute au parking de Øygardstøl, accessible par une route spectaculaire depuis Lysebotn. Les conditions météorologiques doivent être bonnes : brouillard, pluie et vent peuvent rendre les dalles glissantes et masquer les reliefs.
Kjerag convient aux randonneurs habitués au dénivelé et peu impressionnés par les passages escarpés. Le panorama sur le fjord, les plateaux et les montagnes environnantes est remarquable, même si vous décidez de laisser le rocher suspendu aux photographes les plus téméraires.
Trolltunga, l’itinéraire emblématique de Hardanger
Trolltunga, ou « la langue du troll », est l’un des paysages les plus photographiés de Norvège. Cette plateforme rocheuse s’étire au-dessus du lac Ringedalsvatnet, dans la région de Hardanger. Depuis son extrémité, on domine le vide à environ 700 mètres.
La randonnée classique depuis Skjeggedal mesure autour de 28 kilomètres aller-retour. Il faut prévoir entre huit et douze heures, parfois davantage selon la forme physique, la météo et les pauses. Le dénivelé dépasse 1 000 mètres. Ce n’est donc pas une balade improvisée entre deux visites.
Une navette permet de réduire la première partie de la montée en déposant les marcheurs à Mågelitopp. Dans ce cas, la distance descend autour de 20 kilomètres aller-retour, mais la randonnée reste longue et exigeante. Le sentier est généralement praticable de juin à septembre, en fonction de l’enneigement.
Partez avec suffisamment d’eau et de nourriture. Le vent peut être froid même en été, et les changements de météo sont rapides. Le dernier tronçon traverse un terrain rocheux où le balisage doit être suivi avec attention.
Sur place, la file d’attente pour accéder au bout de Trolltunga peut être importante en haute saison. Pour marcher plus tranquillement, les départs très matinaux sont une bonne stratégie. Il existe également des sorties guidées au lever du soleil ou sur deux jours, avec nuit en tente ou en refuge.
Le plateau de Hardangervidda et le sentier vers Trolltunga
La carte de Norvège prend une autre dimension lorsque l’on atteint Hardangervidda, le plus vaste plateau montagneux d’Europe. Ici, les forêts laissent place à un immense paysage ouvert, ponctué de lacs, de névés et de reliefs doux. C’est le territoire idéal pour les itinérances de plusieurs jours.
Le réseau de sentiers entre Finse, Haugastøl, Rjukan et Haukeliseter permet de composer des parcours adaptés à son niveau. Une traversée classique peut durer quatre à sept jours, avec des nuits dans les refuges de la DNT. Les étapes font souvent entre 15 et 25 kilomètres.
Le terrain paraît simple sur une carte, mais l’orientation peut devenir délicate par brouillard. Il existe peu d’arbres et peu de repères visuels. La météo peut également changer rapidement. En contrepartie, le sentiment d’isolement est exceptionnel. On marche dans un espace silencieux où les rennes sauvages sont parfois les seuls voisins.
Le secteur de Finse est aussi accessible en train depuis Oslo ou Bergen, ce qui facilite l’organisation d’une randonnée sans voiture. C’est une excellente porte d’entrée pour découvrir la haute montagne norvégienne.
Le parc national de Jotunheimen et le Besseggen
Jotunheimen signifie littéralement « le royaume des géants ». Le nom est bien choisi : le parc abrite les plus hauts sommets de Norvège, dont le Galdhøpiggen, qui culmine à 2 469 mètres.
Le sentier de Besseggen est l’un des itinéraires les plus réputés du pays. Il suit une arête étroite entre le lac Gjende, aux eaux vert émeraude, et le lac Bessvatnet, d’un bleu profond. Le contraste des couleurs semble presque retouché, alors qu’il est bien réel.
Le parcours complet fait environ 14 kilomètres. La randonnée dure entre six et huit heures et comprend une montée raide sur la crête. La plupart des marcheurs commencent par une traversée en bateau depuis Gjendesheim jusqu’à Memurubu, puis reviennent à pied. Il est aussi possible de faire le parcours dans l’autre sens, selon les horaires disponibles.
Réservez votre bateau à l’avance en haute saison. Le sentier est populaire, mais la fréquentation diminue rapidement en dehors des vacances estivales. Le passage sur la crête demande de l’attention, surtout lorsque le vent se lève. Une fois au sommet, la vue sur les deux lacs récompense largement les efforts consentis.
Les Lofoten, des montagnes directement posées dans la mer
Sur une carte de Norvège, l’archipel des Lofoten ressemble à une chaîne d’îles accrochées au nord du pays. Sur le terrain, les montagnes surgissent directement de la mer, les villages de pêcheurs s’alignent autour de petits ports et les plages blanches pourraient presque faire croire aux Caraïbes. La température, elle, se charge de rappeler que nous sommes bien au nord du cercle polaire.
Le sommet de Reinebringen est l’un des itinéraires les plus connus. Depuis Reine, un escalier de pierre grimpe rapidement vers un belvédère spectaculaire sur les fjords et les îlots environnants. La randonnée est courte, environ deux heures aller-retour, mais la pente est soutenue. Les marches peuvent être glissantes et la descente sollicite davantage les genoux qu’on ne l’imagine.
Le sentier de Ryten, au-dessus de la plage de Kvalvika, propose une randonnée plus longue, d’environ cinq heures aller-retour. Le panorama associe mer turquoise, falaises et grandes étendues herbeuses. La fameuse avancée rocheuse qui donne l’impression de flotter dans le vide se trouve près du sommet.
Autres itinéraires à inscrire sur votre carte :
- Hermannsdalstinden, sur Moskenesøya, pour les randonneurs expérimentés.
- Offersøykammen, une montée courte avec une vue magnifique sur les fjords.
- Volandstinden, près de Fredvang, avec un panorama très ouvert sur les plages.
- Munkebu, une randonnée exigeante au départ de Sørvågen, souvent réalisée sur une journée.
Aux Lofoten, le terrain est souvent humide, boueux et rocheux. Prévoyez des vêtements imperméables, même sous un ciel bleu. En été, la lumière du soleil de minuit permet de partir tard et d’éviter les heures les plus fréquentées. Une marche à 22 heures avec une lumière dorée sur les montagnes : difficile de faire plus norvégien.
Le glacier de Jostedalsbreen et la vallée de Aurlandsdalen
Le parc national de Jostedalsbreen protège le plus grand glacier d’Europe continentale. Les randonnées autour du glacier permettent d’approcher des langues glaciaires comme Nigardsbreen ou Briksdalsbreen. Pour marcher directement sur la glace, il faut obligatoirement passer par un guide équipé et expérimenté.
Les sentiers menant aux points de vue sont généralement plus accessibles. Ils offrent déjà une impression saisissante face aux crevasses, aux cascades et aux parois couvertes de glace bleutée. La proximité de l’eau et des blocs instables interdit de s’approcher du front glaciaire sans précaution.
Pour une itinérance très différente, la vallée d’Aurlandsdalen traverse des paysages variés entre montagnes, cascades et vallées profondes. Le parcours complet demande plusieurs jours, avec des étapes dans des refuges. Certaines portions sont escarpées et ne conviennent pas aux jeunes enfants.
Conseils pratiques pour randonner en Norvège
La meilleure période dépend de la région et de l’altitude. De fin juin à début septembre, les principaux sentiers de montagne sont généralement accessibles. Dans le nord, la neige peut cependant rester présente tardivement. En septembre, les couleurs automnales sont superbes, mais les journées raccourcissent et certains refuges ferment.
La météo doit guider vos décisions. En Norvège, un départ sous le soleil ne garantit pas une arrivée au sec. Emportez une veste imperméable, une couche chaude, un bonnet léger et des gants, même au cœur de l’été. Le système des trois couches reste simple et efficace.
- Chaussures de randonnée avec semelle adhérente.
- Carte papier et trace GPS téléchargée hors ligne.
- Batterie externe et lampe frontale.
- Eau et repas suffisants pour une journée complète.
- Trousse de premiers secours et couverture de survie.
- Sac-poubelle pour ne laisser aucune trace.
Le droit d’accès à la nature, appelé allemannsretten, permet de profiter largement des espaces naturels, y compris pour camper dans certaines conditions. Il faut rester à distance des habitations, respecter les zones protégées et suivre les règles locales concernant les feux. Dans les parcs nationaux, la liberté ne dispense pas du bon sens.
Quelle randonnée choisir selon votre voyage ?
Pour un premier séjour autour de Stavanger, associez Preikestolen et Kjerag. Les deux itinéraires offrent des panoramas spectaculaires sur le Lysefjord, avec des niveaux d’effort différents.
Si vous voyagez entre Bergen et Oslo, Hardangervidda, Trolltunga et Jotunheimen peuvent facilement occuper plusieurs jours. Le train permet d’accéder à certains départs sans multiplier les kilomètres en voiture.
Pour une aventure plus sauvage, choisissez les Lofoten ou une traversée de plusieurs jours sur un plateau montagneux. Dans ces régions, la préparation est plus importante, mais la récompense est à la hauteur : des sentiers suspendus entre ciel et mer, des nuits claires et cette impression agréable d’être arrivé au bout du monde.
La Norvège se découvre aussi en acceptant de ralentir. Une randonnée annulée à cause de la pluie n’est pas forcément une mauvaise journée : elle peut devenir l’occasion de visiter un village, de prendre un ferry ou de boire un café face à un fjord. Sur la carte, les itinéraires sont nombreux. Sur le terrain, le meilleur parcours sera souvent celui qui respecte la montagne, la météo et votre propre rythme.
