Hordaland : guide des plus belles randonnées en Norvège
Dans l’ouest de la Norvège, l’ancien comté du Hordaland concentre tout ce que l’on vient chercher dans le pays : fjords profonds, montagnes sculptées par les glaciers, cascades puissantes et sentiers où l’on marche souvent avec le sentiment d’être seul au monde. Depuis la réforme administrative de 2020, le Hordaland appartient au comté de Vestland, mais son nom reste bien ancré dans les habitudes des voyageurs.
La région s’organise autour de Bergen, de l’Hardangerfjord et des hauts plateaux de l’Hardangervidda. Elle offre une variété remarquable de randonnées, de la balade familiale au trek exigeant sur terrain alpin. Ici, la météo peut changer en quelques minutes, les rochers deviennent vite glissants et les distances sont parfois trompeuses. Mais avec un minimum de préparation, chaque sortie réserve son lot de paysages inoubliables.
Quand partir randonner dans le Hordaland ?
La meilleure période s’étend généralement de juin à septembre. En début de saison, la neige peut encore bloquer les sentiers d’altitude, notamment autour de Trolltunga et sur les plateaux. Juillet et août offrent les journées les plus longues, mais aussi la fréquentation la plus importante.
Septembre est souvent un excellent compromis : les couleurs commencent à apparaître sur les bouleaux, les sentiers sont plus calmes et la lumière devient superbe. En revanche, les températures chutent rapidement et la météo est moins prévisible.
Avant chaque départ, consultez les prévisions locales et l’état des itinéraires. Le site ut.no, très utilisé en Norvège, fournit des informations précieuses sur les parcours, les refuges et les conditions. N’oubliez pas non plus que le soleil peut rester visible très tard en été : une randonnée commencée en fin d’après-midi n’est pas forcément une mauvaise idée, à condition de bien connaître le chemin.
Trolltunga : la randonnée emblématique du Hordaland
Difficile de parler de randonnée dans la région sans évoquer Trolltunga, la « langue du Troll ». Cette impressionnante plateforme rocheuse s’avance au-dessus du lac Ringedalsvatnet, à près de 1 100 mètres d’altitude. La vue est spectaculaire, mais le parcours demande une vraie préparation.
Depuis le parking de Mågelitopp, l’itinéraire fait environ 20 kilomètres aller-retour. Il faut compter entre 7 et 10 heures selon le rythme, les pauses et l’état du terrain. Le dénivelé dépasse 600 mètres, avec plusieurs montées raides et des passages rocheux. Depuis Skjeggedal, le parcours est encore plus long.
Le début du sentier est exigeant, mais la suite alterne plateaux, petits lacs et panoramas sur les montagnes du parc national de Folgefonna. Les dernières portions peuvent être boueuses ou glissantes. Des chaînes et des cordes fixes sécurisent certains passages, sans transformer l’itinéraire en promenade facile.
- Partez tôt pour éviter la foule et profiter d’une lumière plus douce.
- Réservez votre place de parking à Mågelitopp si vous venez en haute saison.
- Prévoyez au moins deux litres d’eau et un pique-nique consistant.
- Portez des chaussures de randonnée offrant une bonne accroche.
- Ne vous approchez pas du bord pour une photo : le vent peut être violent et le rocher glissant.
J’ai vu des randonneurs arriver à Trolltunga épuisés après avoir sous-estimé la distance. La photo au bout du chemin est magnifique, certes, mais le véritable plaisir vient aussi de la progression à travers ces paysages bruts.
La randonnée de la Reine à Hardanger
La Dronningstien, ou randonnée de la Reine, est l’un des itinéraires les plus séduisants de l’Hardanger. Elle relie Kinsarvik à Lofthus en passant par les hauteurs qui dominent le Hardangerfjord. Le parcours complet mesure environ 16 kilomètres et demande généralement 6 à 8 heures de marche.
Le sentier grimpe d’abord fortement depuis Kinsarvik, puis traverse des zones boisées et des pâturages d’altitude. En chemin, plusieurs cascades dévalent les pentes, dont la célèbre Husedalen n’est pas très éloignée. À mesure que l’on avance, les vergers de pommiers de l’Hardanger apparaissent en contrebas, parfaitement alignés au bord du fjord.
La descente vers Lofthus est longue et parfois éprouvante pour les genoux. Elle offre cependant des points de vue magnifiques sur l’eau et les montagnes. Au printemps, les arbres fruitiers en fleurs donnent au paysage une allure presque irréelle. En automne, les pommes mûres et les teintes dorées changent complètement l’ambiance.
Cette randonnée nécessite une bonne condition physique. Il est possible de la parcourir dans les deux sens, mais le départ de Kinsarvik est souvent privilégié. Pensez à organiser le retour, car les possibilités de transport entre les deux villages sont limitées selon la saison.
Husedalen et ses quatre cascades
Pour une randonnée plus courte, la vallée de Husedalen est une valeur sûre. Située près de Kinsarvik, elle permet d’observer quatre grandes cascades alimentées par les eaux du plateau de l’Hardangervidda. Le parcours complet jusqu’à la dernière chute fait environ 10 kilomètres aller-retour, avec un dénivelé modéré mais quelques pentes raides.
Les cascades de Tveitafossen, Nyastølfossen, Nykkjesøyfossen et Søtefossen se succèdent dans une vallée verdoyante. Le bruit de l’eau accompagne toute la marche, parfois si puissant qu’il couvre complètement les conversations. C’est le genre d’endroit où l’on s’arrête souvent, non pas parce que l’on est fatigué, mais simplement parce que le paysage mérite une pause.
Le sentier est accessible à de nombreux marcheurs, mais il peut devenir glissant après la pluie. Les abords des cascades ne sont pas tous sécurisés : surveillez les enfants et restez à distance des torrents. Pour une sortie tranquille, prévoyez une demi-journée. Les plus sportifs peuvent poursuivre vers les hauteurs de l’Hardangervidda.
Bondhusdalen : glacier et lac turquoise
La vallée de Bondhusdalen, près de Sundal, est l’une des plus belles portes d’accès au parc national de Folgefonna. Le sentier vers le lac Bondhusvatnet suit une ancienne route utilisée autrefois pour transporter la glace du glacier de Bondhusbreen vers le fjord.
Le parcours aller-retour fait environ 10 kilomètres et reste relativement accessible. Il traverse une forêt humide, longe la rivière Bondhuselvi et débouche sur un lac entouré de parois imposantes. Au fond de la vallée, le glacier apparaît entre les montagnes. Sa langue de glace a reculé au fil des décennies, un rappel discret mais visible de l’évolution du climat.
Le chemin est généralement bien marqué, mais certaines portions sont caillouteuses. Après de fortes pluies, l’eau peut recouvrir le sentier. Prévoyez une veste imperméable, même lorsque le ciel est bleu au départ. Dans l’ouest norvégien, les nuages ont parfois une imagination débordante.
Pour prolonger la sortie, les randonneurs expérimentés peuvent monter vers le glacier, mais il ne faut jamais s’aventurer sur la glace sans équipement ni encadrement spécialisé. Les crevasses sont dangereuses et difficiles à repérer.
Le mont Ulriken et la traversée Vidden
Depuis Bergen, le mont Ulriken est l’une des randonnées les plus faciles à intégrer dans un séjour. Avec ses 643 mètres, il domine la ville et offre une vue superbe sur les toits, les îles et les montagnes environnantes. La montée à pied depuis la ville prend environ une heure et demie, selon l’itinéraire choisi.
Les plus motivés poursuivront par la traversée de Vidden jusqu’au mont Fløyen. Cette randonnée d’environ 13 kilomètres demande 4 à 5 heures, avec plusieurs montées et descentes sur un terrain parfois humide. Elle relie deux des sommets les plus connus de Bergen et permet de découvrir un paysage étonnamment sauvage à quelques minutes du centre-ville.
Le sentier est généralement bien balisé, mais le brouillard peut compliquer l’orientation. Les rochers polis par la pluie deviennent glissants et les flaques sont fréquentes. De bonnes chaussures sont indispensables, même si l’itinéraire se trouve aux portes de la ville.
Une option pratique consiste à prendre le téléphérique jusqu’à Ulriken, puis à effectuer la traversée jusqu’à Fløyen avant de redescendre à pied vers le centre. C’est une excellente manière de profiter d’une longue randonnée sans commencer par la montée la plus raide.
Les sentiers autour du mont Fløyen
Le mont Fløyen est souvent associé à une simple balade touristique depuis Bergen, mais les environs proposent de nombreux chemins agréables. Depuis le sommet, plusieurs itinéraires forestiers partent vers les lacs de Skomakerdiket et Revurtjern, ainsi que vers le mont Rundemanen.
La boucle autour de Skomakerdiket est adaptée aux familles et peut se parcourir en moins d’une heure. Pour une sortie plus sportive, la montée vers Rundemanen offre de beaux points de vue sur Bergen et les collines boisées. Les chemins sont bien entretenus, mais restent humides après les averses.
Fløyen est aussi un bon choix lorsque la météo ne permet pas une randonnée plus ambitieuse. Une éclaircie entre deux averses suffit parfois à révéler la ville, le port et les fjords dans une lumière magnifique. En Norvège, il faut savoir saisir les fenêtres météo plutôt que d’attendre une journée parfaitement dégagée.
Vøringsfossen et les paysages de l’Hardangervidda
La cascade de Vøringsfossen est l’un des sites naturels les plus célèbres de Norvège. Elle plonge dans la vallée de Måbødalen depuis le plateau de l’Hardangervidda. Les plateformes aménagées permettent d’admirer la chute en toute sécurité, mais plusieurs sentiers offrent une approche plus sauvage du secteur.
Le vieux chemin de Måbøberget traverse la vallée par une succession de virages et de tunnels historiques. Il ne s’agit pas toujours d’une randonnée classique, mais la promenade permet de mieux comprendre le relief et l’ancienne route reliant l’est et l’ouest du pays.
Pour les itinéraires plus engagés, l’Hardangervidda ouvre un immense terrain d’exploration. Le plateau abrite des refuges de la célèbre association norvégienne DNT et de nombreux parcours de plusieurs jours. Les paysages y sont plus ouverts, plus minéraux, avec des lacs à perte de vue et peu d’arbres.
La météo peut y devenir très rude, même en été. Le brouillard réduit rapidement la visibilité et les repères sont parfois rares. Une carte, une boussole ou un GPS, ainsi que des vêtements chauds, sont indispensables dès que l’on s’éloigne des zones fréquentées.
Conseils pratiques pour randonner en sécurité
Le Hordaland récompense les marcheurs préparés. Avant de partir, vérifiez la longueur réelle du parcours, le dénivelé et les conditions du jour. Un sentier indiqué comme « facile » dans un guide norvégien peut sembler nettement plus exigeant à un randonneur habitué aux chemins secs et balisés de plaine.
- Adaptez votre itinéraire à votre niveau et à celui du groupe.
- Emportez une carte hors ligne : le réseau téléphonique disparaît vite dans les vallées.
- Prévoyez une couche chaude et une protection contre la pluie, même en juillet.
- Informez une personne de votre itinéraire et de votre heure prévue de retour.
- Ne comptez pas uniquement sur les refuges ou les commerces pour vous ravitailler.
- Respectez les clôtures, refermez les barrières et ne dérangez pas les animaux.
- Ramenez tous vos déchets : la nature norvégienne mérite mieux qu’un emballage oublié.
Le droit d’accès à la nature, appelé allemannsretten, permet de profiter largement des espaces naturels norvégiens. Il s’accompagne toutefois de responsabilités : respecter les lieux, éviter les zones cultivées et faire preuve de prudence avec les feux en période sèche.
Quel itinéraire choisir selon votre séjour ?
Pour une première découverte autour de Bergen, la traversée Ulriken–Fløyen est idéale. Elle combine nature et panorama urbain sans nécessiter de longs trajets. Si vous séjournez dans l’Hardanger, Husedalen et la vallée de Bondhusdalen offrent deux sorties très différentes : cascades d’un côté, glacier et lac de l’autre.
Trolltunga s’adresse aux marcheurs prêts à consacrer une journée entière à une randonnée exigeante. La Dronningstien est parfaite pour découvrir les paysages agricoles et les vergers de l’Hardangerfjord. Quant à l’Hardangervidda, elle mérite plusieurs jours pour être réellement appréciée.
Le plus important est de ne pas vouloir tout faire trop vite. Les routes sont parfois lentes, les ferries imposent leur rythme et les paysages invitent constamment à s’arrêter. Dans le Hordaland, le voyage commence souvent avant même d’atteindre le départ du sentier.
